Voix Frondeuses

Le départ · Le quai

Le panneau affiche ton train dans quatre minutes, voie 2. Dans ta main, le billet : un aller simple, pas de retour imprimé au dos. C'est précisément ça qui inquiète tout le monde, et toi pas du tout.

Hier soir encore, dans la cuisine, ta mère a redit la phrase de toujours. « Seule ? Tu es sûre ? Une fille, dans une ville où tu ne connais personne. » Elle l'a dite cent fois, calmement, comme on rappelle une évidence. Tu n'as réservé qu'une fois.

Le sac pèse plus lourd que ce que tu y as mis. Au fond, tu devines ce qu'elle a glissé pendant que tu avais le dos tourné : un gilet de plus on ne sait jamais, une lampe de poche, un plan papier de la ville parce que ton téléphone te lâchera, c'est connu. De l'amour en vrac, qui prend de la place et dit, sans le dire, que le monde n'est pas pour toi.

Le téléphone vibre contre ta paume. Trois messages déjà, et le train pas même annoncé. Sois prudente. Tu m'écris en montant ? Tu as bien gardé ton billet sur toi ?

Le quai sent le fer et le froid. Quatre minutes.
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